LETTRE OUVERTE DE FRANCIS LAHAUT

Le Conseil de surveillance du Centre hospitalier Louis Jaillon de Saint-Claude s’est réuni le 28 septembre 2018.

L’Agence régionale de Santé toujours présente dans cette instance s’est fait remarquer par son absence. Elle n’avait mandaté aucun représentant, pas même le délégué départemental du Jura, et encore moins le directeur général, M. Pribile, pourtant le mieux qualifié pour nous annoncer, après les événements dramatiques que l’on vient de connaître, la réouverture de la maternité.

Mais peut-être, est-ce en raison de ces deux naissances à très haut risque que  l’ARS, courageusement, s’est défilée.

Il aurait fallu, en effet, qu’elle nous explique pourquoi elle avait pris cette décision criminelle de fermeture définitive de notre maternité en mettant gravement en danger la vie des parturientes et de leurs bébés.

Tout le Haut-Jura le sait maintenant, une maman a accouché le 22 septembre au Service des urgences de l’hôpital de Saint-Claude. Et un bébé est né le 24 septembre dans une ambulance à Molinges.

C’est une épreuve terrible qui a été infligé à deux mamans et à leurs familles. Que serait-il arrivé en cas de complications ? Car les complications c’est le lot d’un accouchement sur 10 en moyenne.

Des membres du Conseil de surveillance ont déclaré lors de cette séance que le directeur de l’Agence régionale de santé et le directeur de l’hôpital seraient tenus personnellement responsables, si demain, sans la réouverture de la maternité, des accouchements devaient mal se passer.

Et les complications se compliquent dans le Haut-Jura avec des routes de moyenne montagne, des hivers toujours bien présents et des distances et des temps de transport qui augmentent considérablement avec la liquidation de notre maternité et de notre service de chirurgie suivie d’hospitalisation.

Avec des sociétés d’ambulances au taquet, des pompiers de plus en plus sollicités quand les ambulances ne sont pas disponibles, l’ARS joue avec le feu.

Tout cela, les benêts du Haut-Jura, les crétins des Alpes, les attardés des reculés n’ont cessé de le dire, de le répéter, de l’expliquer depuis un an et demi au mur que nous avons en face de nous. Un mur de bêtise, de suffisance, d’ignorance absolue de notre territoire.

Un exemple parmi d’autres, le 28 février 2017, lors d’une séance extraordinaire  du conseil de surveillance, M. Obrecht, directeur général adjoint de l’ARS, nous annonce que 5 services majeurs de notre hôpital vont fermer, dont l’hémodialyse. Car  ce service, selon M. Obrecht, ne respecte pas la réglementation, et, qu’à ce motif, il doit disparaître au bénéfice de l’hôpital de Lons-le-Saunier qui dispose, lui, d’un centre lourd d’hémodialyse.

Ce que nous ignorions, pour la très simple raison qu’il n’existe aucun centre d’hémodialyse à Lons-le-Saunier lourd ou léger. Mais avec ces gens-là, c’est vraiment du lourd. Ils répètent bêtement ce que des cabinets grassement rémunérés leur ont révélé, sans aucune vérification de leur part. Le directeur de l’ARS répète. Agnès Buzyn, ministre de la santé répète et quand nous l’interpellons, elle demande à l’ARS de nous répondre. Des fous !!!

A l’ordre du jour de ce conseil de surveillance du 28 septembre, une question essentielle, « Le projet d’établissement 2018 – 2022 de la Communauté  hospitalière Jura Sud », c’est-à-dire Lons, Saint-Claude, Champagnole, Morez… Je n’ai reçu ce document de 109 pages que la veille de la séance. Un détail, le plus important étant que ce projet est INACCEPTABLE car il acte la fermeture de notre maternité et de notre chirurgie conventionnelle. Il n’est d’ailleurs que la « déclinaison » du prétendu « projet médical partagé de la Communauté hospitalière Jura Sud », si partagé qu’il a été adopté à Saint-Claude par la commission médicale d’établissement par 2 voix sur 11.

Et avec la liquidation de services majeurs de notre hôpital, on trouve dans ce document une injonction : «  Il faut intégrer l’impérieuse nécessité  [Ah ! L’impérieuse langue de bois ! ]  de retrouver une capacité financière normale, de réaliser un plan d’économies très important », car le problème, voyez-vous,  c’est que «  Les parts de marché sont plus faibles qu’attendues, partout, même à Lons, dans quasiment tous les secteurs d’activité… »  .

La santé, pour ces gens-là, c’est une marchandise, il n’y a que le fric qui les intéresse. Mais là aussi, ils sont nuls. Car toujours dans cette séance du 28 septembre du Conseil de surveillance, un point a été fait sur la situation financière de l’hôpital. Le déficit était de 4,4 millions d’euros en 2017 (avant les « aides » de l’ARS) et il sera, en prévisionnel, de 4,13 millions d’euros en 2018. Belle économie après la liquidation de services majeurs !  Car, si les charges de personnel sont de 16,22 millions d’euros en prévisionnel 2018 au lieu de 19,66 millions d’euros réalisés en 2017, l’assurance maladie ne versera plus que 15,62 millions d’euros en prévisionnel 2018 au lieu de 20,62 millions d’euros versés en 2017.

Le déficit structurel de l’hôpital public ne se règlera pas en fermant des services.

Le projet d’établissement nous rappelle aussi qu’il n’y a aucune activité en chirurgie viscérale ambulatoire et que c’est pas demain la veille qu’il y en aura une. Il est vrai que rien n’a été fait pour garder l’excellent chirurgien viscéraliste que nous avions. Et rien n’est fait  pour garder l’excellent chirurgien orthopédiste que nous avons encore.

Un débat assez vif s’est engagé sur ces questions pendant cette séance du Conseil de surveillance et des réponses qui seront apportées, nous pourrons juger avec des faits ce que valent les promesses, étant bien entendu, que l’objectif pour nous reste la réouverture de la chirurgie complète. Et s’il est difficile de trouver de bons praticiens hospitaliers, gardons les bons que nous avons.

Et pour la maternité, le docteur Nuri Basic tient à la disposition de l’hôpital les candidatures de deux gynécologues – obstétriciens prêts à venir dès que la maternité réouvrira.

L’ARS a une responsabilité majeure alors que l’hiver approche et qu’une trentaine de futures mamans du secteur de Saint-Claude devraient accoucher avant la fin de l’année.

 

Francis Lahaut, membre du Conseil de surveillance,
siégeant depuis 23 ans dans cette instance ou au conseil d’administration, dont 12  ans en tant que président

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